Prévenir les AVC, mais augmenter le risque de saignement : une nouvelle étude pèse le pour et le contre d’un traitement pour les patients atteints de fibrillation auriculaire subclinique
Les patients atteints de fibrillation auriculaire subclinique – un rythme cardiaque irrégulier détecté par des dispositifs implantés tels que les stimulateurs cardiaques – ont un risque accru d’accident vasculaire cérébral (AVC). Pour empêcher la formation de caillots sanguins et leur déplacement vers le cerveau, le traitement consiste souvent à prescrire un anticoagulant (agent éclaircisseur de sang) oral. Bien que ces médicaments puissent prévenir les AVC, ils comportent également un risque de saignement, ce qui complique la prise de décisions en matière de traitement.
Une nouvelle étude publiée dans JAMA Cardiology a cherché à répondre à des questions cruciales sur les saignements : quels sont les types d’épisodes de saignement et leur gravité, et quels sont les facteurs prédictifs des saignements? L’essai international Apixaban for the Reduction of Thromboembolism in Patients with Device-Detected Subclinical Atrial Fibrillation (ARTESiA) (« Apixaban pour la réduction de la thromboembolie chez les patients atteints de fibrillation auriculaire subclinique détectée par un appareil médical »), a porté sur 3 961 adultes atteints de fibrillation auriculaire subclinique partout dans le monde. Les participants ont été répartis de manière aléatoire soit pour suivre un traitement consistant à prendre l’Apixaban deux fois par jour, soit pour suivre un traitement consistant à prendre l’aspirine une fois par jour pendant une période moyenne de trois ans et demi.
Dans l’essai ARTESiA, l’Apixaban a réduit de manière considérable le risque d’AVC et d’embolie systémique par rapport à l’aspirine. Cependant, le médicament a également augmenté le risque de saignement majeur : au total, 133 patients ont subi un tel saignement – 86 dans le groupe prenant l’Apixaban et 47 dans le groupe prenant l’aspirine. Un saignement majeur a été défini comme un événement grave ayant entraîné une baisse importante de la quantité de sang dans le corps et nécessitant une transfusion, survenant dans une zone critique telle que le cerveau, ou ayant été fatal. La sous-analyse ARTESiA a montré que les cas de saignement en plus chez les patients qui suivaient le traitement à l’Apixaban provenaient du tractus gastro-intestinal et n’ont pas donné lieu à des situations d’urgence. Les saignements les plus graves (hémorragies intracrâniennes et hémorragies mortelles) ont été peu fréquents et similaires entre les deux groupes.
« Ces résultats mettent en évidence le délicat équilibre entre la prévention des AVC et la prévention des dommages causés par les hémorragies. Pour les patients atteints de fibrillation auriculaire subclinique, la décision de commencer à prendre des agents éclaircisseurs de sang est une zone grise. Cette étude fournit des éléments importants pour guider ces conversations, en aidant les cliniciens et les patients à peser les avantages et les risques, » déclare la Dre Deborah Siegal.
Des chercheurs de L’Hôpital d’Ottawa ont joué un rôle important dans cet essai historique, qui a été codirigé par le Population Health Research Institute et le Duke Clinical Research Institute. Selon l’auteure principale, la Dre Deborah Siegal, hématologue et scientifique clinicienne à L’Hôpital d’Ottawa et professeure à l’Université d’Ottawa : « Ces résultats mettent en évidence le délicat équilibre entre la prévention des AVC et la prévention des dommages causés par les hémorragies. Pour les patients atteints de fibrillation auriculaire subclinique, la décision de commencer à prendre des agents éclaircisseurs de sang est une zone grise. Cette étude fournit des éléments importants pour guider ces conversations, en aidant les cliniciens et les patients à peser les avantages et les risques. »
Auteurs :
Deborah M. Siegal, Christian Sticherling, Jeff S. Healey, William F. McIntyre, Lene S. Christensen, Ratika Parkash, Thomas Vanassche, David Conen, Michael Gold, Christopher B. Granger, Jens Cosedis Nielsen, Marc Carrier, Daniel M. Wojdyla, Julia W. Erath, Lena Rivard, Valentina Kutyifa, David J. Wright, Renato D. Lopes
Financement :
Instituts de recherche en santé du Canada, Bristol-Myers Squibb-Pfizer Alliance, Fondation des maladies du cœur et de l’AVC du Canada, Réseau canadien pour la prévention des accidents cérébrovasculaires, Centre des sciences de la santé d’Hamilton, Consortium canadien pour l’accélération des essais cliniques (AEC), Population Health Research Institute.
En savoir plus :
L’Hôpital d’Ottawa est un centre universitaire de pointe dans le domaine de la recherche et de la santé et un hôpital d’enseignement fièrement affilié à l’Université d’Ottawa et soutenu par la Fondation de l’Hôpital d’Ottawa.