Vers des os plus solides : la gravité artificielle pourrait aider à maintenir la santé des os dans l’espace et sur Terre
Imaginez passer deux mois au lit, non pas par nécessité, mais au nom de la science. Interdiction de vous de vous lever, de vous laver ou de marcher pendant ces deux mois. Et cerise sur le gâteau : tout cela en tournant dans une machine géante pendant 30 minutes chaque jour.
Pour étudier les effets de la gravité sur la santé des os, des chercheurs de L'Hôpital d'Ottawa et de l'Université d'Ottawa ont mené une expérience dans le cadre d'une étude internationale visant à vérifier si la gravité artificielle peut prévenir l'affaiblissement des os et l'accumulation de graisse dans la moelle osseuse, deux risques majeurs pour la santé associés à l'inactivité prolongée et aux vols spatiaux.
L'étude, qui s'est déroulée au Centre allemand pour l'aéronautique et l'astronautique, a porté sur 24 bénévoles en bonne santé qui ont passé 60 jours au lit, la tête inclinée à un angle de six degrés vers le bas pour reproduire les effets de la microgravité sur le corps. Pour contrer ces effets, les chercheurs ont testé si une centrifugeuse (un appareil rotatif qui crée une force gravitationnelle) pouvait simuler les forces normales exercées sur le corps durant le mouvement ou lorsqu’on se tient debout. Les participants sont restés en position horizontale pendant toute la durée de l'expérience et ont été répartis au hasard en trois groupes : aucune utilisation de la centrifugeuse (groupe témoin), gravité artificielle continue (30 minutes par jour) ou gravité artificielle intermittente (six séances de 5 minutes par jour).
Centrifugeuse de l’envihab utilisée pour l'expérience (photo de l'Agence spatiale européenne)
Les résultats, publiés dans le Journal of Bone and Mineral Research montrent que les participants ayant bénéficié de la gravité artificielle avaient une accumulation moins importante de graisse dans la moelle osseuse et une meilleure préservation de la densité minérale osseuse, en particulier dans le groupe exposé à une gravité intermittente. Ces résultats suggèrent que la gravité artificielle pourrait être un outil puissant pour protéger la santé des os chez les astronautes, ainsi que chez les patients alités pendant une longue période ou dont la mobilité est limitée.
« Il s'agit de la première étude montrant que la gravité artificielle peut prévenir l'accumulation de graisse dans la moelle osseuse chez l’humain », a déclaré le Dr Guy Trudel.
« Il s'agit de la première étude montrant que la gravité artificielle peut prévenir l'accumulation de graisse dans la moelle osseuse chez l’humain », a déclaré le Dr Guy Trudel, responsable de l'étude, médecin en réadaptation, scientifique principal à L'Hôpital d'Ottawa et professeur à l'Université d'Ottawa. « Elle ouvre la voie à de nouvelles technologies qui pourraient aider les patients ici, sur Terre, et les astronautes dans l'espace. »
L'étude a été financée par l'Agence spatiale canadienne, l'Agence spatiale européenne, la NASA et le Centre allemand pour l'aéronautique et l'astronautique. Elle s'appuie sur les recherches menées depuis longtemps par le Dr Trudel sur la santé des os et de la moelle osseuse lors des vols spatiaux et sur la réadaptation.
Auteurs :
K Culliton, G Melkus, A Sheikh, T Liu, A Berthiaume, G Armbrecht, G Trudel
Financement :
Agence spatiale canadienne, Centre allemand pour l'aéronautique et l'astronautique, Agence spatiale européenne et la National Aeronautics and Space Administration (NASA).
En savoir plus :
L’Hôpital d’Ottawa est un centre universitaire de pointe dans le domaine de la recherche et de la santé et un hôpital d’enseignement fièrement affilié à l’Université d’Ottawa et soutenu par la Fondation de l’Hôpital d’Ottawa.