Un médicament peu coûteux à administrer dans la plupart des chirurgies lourdes pour prévenir les transfusions sanguines

Trois prestataires de soins de santé en blouse effectuent une chirurgie

Selon une étude publiée dans le NEJM, un médicament courant pourrait réduire les pertes sanguines et le recours aux transfusions et ainsi entraîner des économies.

Un essai clinique d’importance publié dans la prestigieuse revue New England Journal of Medicine a révélé que, lors des chirurgies lourdes, l’administration de l’acide tranexamique réduit le recours aux transfusions sans augmenter le risque de formation de caillots sanguins dangereux. Parrainé et coordonné par l’Université du Manitoba (UM), cet essai clinique a été codirigé par des chercheurs de cette université et de L’Hôpital d’Ottawa.

L’acide tranexamique est un médicament peu coûteux qui évite les saignements trop abondants et stabilise la formation de caillots sanguins. Il est utilisé depuis plus de 30 ans en chirurgie cardiaque et dans certaines interventions orthopédiques, mais les médecins ne savaient pas s’il était possible de l’administrer en toute sécurité dans le cadre d’autres chirurgies lourdes, en particulier, les chirurgies en cancérologie.

Cet essai clinique pancanadien a porté sur plus de 8 000 chirurgies lourdes afin de déterminer si l’administration de l’acide tranexamique permettait de réduire les saignements et le recours à la transfusion sanguine sans augmenter le risque de formation de caillots. Ses résultats indiquent que l’utilisation de ce médicament peut être étendue à toutes les chirurgies lourdes qui exposent les patients à un risque élevé de perte sanguine. 

« Cela représente une véritable révolution dans la prise en charge des patients en chirurgie. À l’échelle mondiale, l’utilisation de ce médicament pourrait permettre d’économiser des millions d’unités de globules rouges chaque année », précise la Dre Brett Houston (page en anglais seulement), co-première auteure, hématologue et scientifique clinicienne à l’Université du Manitoba et à Action cancer Manitoba.

Les chirurgies lourdes, qui comprennent les interventions au niveau de la tête, du thorax, de l’abdomen ou du bassin, nécessitent généralement une anesthésie générale ainsi qu’une hospitalisation. Lors de ces interventions, plus d’un patient sur 20 aura besoin d’une transfusion sanguine.

« Si l’administration de l’acide tranexamique était généralisée dans le cadre des chirurgies lourdes, cela améliorerait la sécurité chirurgicale pour des millions de patients partout au monde. Au Canada, l’adoption généralisée de ce médicament pourrait réduire de 25 % par année le nombre de patients ayant besoin d’une transfusion et diminuer aussi de 10 % le nombre d’unités de sang requises », affirme le Dr Daniel McIsaac (page en anglais seulement), co-premier auteur, anesthésiologiste et scientifique principal à L’Hôpital d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche clinique en soins périopératoires innovants à l’Université d’Ottawa. 

L’adoption universelle de ce médicament pourrait également engendrer d’importantes économies.

« Au Canada, une transfusion coûte plus de 700 $ CA, contre moins de 10 $ CA pour l’acide tranexamique. Selon nos estimations, l’utilisation régulière de l’acide tranexamique lors des chirurgies lourdes non cardiaques permettrait d’économiser 50 000 unités de sang chaque année au Canada et des millions d’unités à l’échelle mondiale. Ce médicament entraînera des économies considérables dans les systèmes de santé », indique le Dr Ryan Zarychanski (page en anglais seulement), directeur de l’essai clinique et co-auteur responsable, hématologue, médecin spécialisé en soins critiques et scientifique clinicien à l’Université du Manitoba et à Action cancer Manitoba

Afin de déterminer si l’acide tranexamique permettait de réduire le recours aux transfusions sanguines sans augmenter le risque de formation de caillots, l’équipe a mis en place un essai croisé par grappes afin de répartir de manière aléatoire les hôpitaux entre le groupe d’administration de l’acide tranexamique et le groupe d’administration d’un placebo pour la prise en charge des patients subissant une chirurgie lourde présentant un risque élevé de perte sanguine. Pendant environ deux ans, les hôpitaux changeaient de traitement privilégié toutes les quatre semaines. Le Centre de méthodologie d’Ottawa (page en anglais seulement) de L’Hôpital d’Ottawa a joué un rôle clé dans la conception de cet essai clinique en veillant à ce qu’il réponde aux questions de recherche rapidement et efficacement.

L’équipe de recherche a consulté les données témoignant des résultats des hôpitaux au chapitre des transfusions et des caillots sanguins directement à partir de sources de données cliniques et administratives hébergées au Manitoba et à l’ICES (site en anglais seulement). Elle a analysé les données recueillies pour 8 273 chirurgies lourdes effectuées dans dix hôpitaux canadiens de février 2022 à mars 2024.

Les chercheurs ont constaté que 7,4 % des patients ayant reçu de l’acide tranexamique ont eu besoin d’une transfusion, contre 9,8 % des patients dans le groupe ayant reçu un placebo. Ainsi, pour 100 patients traités avec l’acide tranexamique, dix unités de sang ont pu être économisées. Il est important de souligner que les chercheurs ont observé que l’utilisation de l’acide tranexamique n’avait pas augmenté le risque de formation de caillots sanguins veineux 90 jours après l’opération. Le taux de formation de caillots sanguins était identique dans le groupe de traitement et le groupe témoin (ayant reçu un placebo), s’établissant à 2,1 % dans les deux cas. 

L’une des particularités de cette étude réside dans le fait que 60 % des participants, soit environ 5 000 personnes, ont subi une chirurgie lourde pour retirer une tumeur. Les personnes atteintes d’un cancer sont souvent exclues de ce type d’études, bien qu’elles représentent une part importante de la population opérée. L’essai clinique a démontré que l’administration de l’acide tranexamique lors d’une chirurgie lourde était sûre et efficace, même chez les patients atteints d’un cancer, qui présentent un risque accru de caillots sanguins en raison de leur maladie. 

« Nous espérons que nos conclusions rassureront les professionnels de la santé quant à l’innocuité et à l’efficacité de ce médicament dans la prévention des saignements, et qu’elles permettront de lever les obstacles à son utilisation dans la plupart des chirurgies lourdes », affirme Dean Fergusson (Ph. D.) (page en anglais seulement), co-auteur responsable et directeur scientifique adjoint, Recherche clinique, de même que scientifique principal à L’Hôpital d’Ottawa et professeur à l’Université d’Ottawa.


Référence complète : 

A hospital policy of tranexamic acid to reduce transfusion in major noncardiac surgery: The TRACTION trial. Brett L. Houston, Daniel I. McIsaac, Rodney H. Breau, Salmaan Kanji, Peter Greenstreet, Meghan Andrews, Sinziana Avramescu, Hema S. Bagry, Robert Balshaw, Jayesh Daya, Kaitlin Duncan, Christopher C. Harle, Eric Jacobsohn, Tina Kerelska, Marshall Pitz, Paul Komenda, Sarah McIsaac, Tim Ramsay, Tarit Saha, Alan Tinmouth, Angela Recio, Daniel Szoke, Marshall Tenenbein, Sarah Slagerman, Dayna Solvason, Robert Talarico, Dean A. Fergusson, Ryan Zarychanski, New England Journal of Medicine. 10 juin, 2026. DOI: 10.1056/NEJMoa2515820


Financement : 

Cet essai clinique a reçu du financement des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), de la Health Science Centre Foundation, du gouvernement du Manitoba par le biais de Santé Manitoba, ainsi que du Fonds d’innovation du ministère de la Santé de l’Ontario.


L’Université du Manitoba (UM) est reconnue comme la première université de l’Ouest canadien. Elle fait partie du groupe U15 Canada, qui regroupe les meilleures universités de recherche au pays et propose des programmes d’études exceptionnels de premier et de deuxième cycles en arts, en sciences et dans des champs d’études professionnelles. Les campus et les espaces de recherche de l’UM sont situés sur les terres ancestrales des Anishinaabeg, des Ininiwak, des Anishininiwak, des Dakotas, des Dénés et des Inuits, ainsi que sur le territoire de la Nation métisse de la rivière Rouge. Notre collaboration avec les communautés autochtones repose sur le respect et la réciprocité, principes qui guident notre action en tant qu’institution. Pour en savoir plus, consultez le site umanitoba.ca (site en anglais seulement).

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Renseignements pour les médias

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613-297-8315 
ambuchanan@ohri.ca 


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