La simplicité a du bon quand il est question d’un médicament qui réduit le risque de récidive de cancer du sein

Three people meeting around a table

Un essai clinique inédit au monde a révélé qu’une dose unique de zolédronate est aussi efficace que le traitement standard comprenant six séances réparties sur trois ans pour réduire le risque de récidive d’un cancer du sein à un stade précoce.

S’il est vrai que ce médicament est efficace, il peut avoir des effets secondaires invalidants comme des courbatures, des douleurs et des symptômes grippaux. Jusqu’à la moitié des patientes interrompent leur traitement prématurément à cause de ces effets secondaires.

Le zolédronate est injecté par voie intraveineuse dans un centre de cancérologie et nécessite des analyses de sang avant son administration. La question de savoir si les patientes ont réellement besoin d’un nombre aussi élevé de doses n’avait pas encore fait l’objet d’études jusqu’à présent.

C’est là qu’intervient le programme REaCT (Repenser les études cliniques) de L’Hôpital d’Ottawa. Cette équipe de chercheurs compare les traitements anticancéreux existants et leur posologie afin de déterminer lesquels sont les mieux adaptés aux patientes. 

Dans cet essai clinique, les chercheurs ont réparti de manière aléatoire 211 patientes postménopausées atteintes d’un cancer du sein à un stade précoce entre deux groupes : l’un recevant une seule dose de zolédronate, l’autre les sept doses habituelles.

Au bout de cinq ans, aucune différence n'a été observée entre les deux groupes en termes de récidive du cancer ou de survie. Ces résultats ont été publiés dans NEJM Evidence

Lorsque cette même équipe de chercheurs a interrogé les participantes trois ans après le début de l’étude, elle a constaté que la dose unique de zolédronate était plus pratique pour les patientes, entraînait moins d’effets secondaires et avait plus de chances d’être prise jusqu’au bout que le traitement en sept doses.

« Les résultats obtenus avec une dose unique par rapport aux sept doses habituelles étaient absolument identiques, à ceci près que la patiente a présenté moins d'effets secondaires avec la dose unique », de dire le Dr Mark Clemons, auteur principal de l’étude, et aussi scientifique clinicien et oncologue médical à L’Hôpital d’Ottawa ainsi que professeur de médecine à l’Université d’Ottawa. « Cela porte à croire qu’une seule dose suffit pour toutes les patientes. Cela signifie moins d’effets secondaires, moins de prises de sang, moins de déplacements à l’hôpital pour le traitement et plus de temps à passer avec leur famille. »

Beth Ciavaglia, participante à l’essai, a reçu un diagnostic de cancer du sein de stade 3 à peine deux semaines avant ses 40 ans. Au départ, Beth était réticente à l’idée de participer à une étude dans le cadre de laquelle elle risquait de recevoir un traitement moins intensif. Le Dr Clemons lui a certes expliqué qu’habituellement les doses de médicaments administrées aux patients cancéreux sont souvent fixées en fonction de la dose maximale que le patient peut tolérer, et non en fonction de la dose à laquelle le cancer réagit. Une posologie basée sur la toxicité n’est pas la même chose qu’une posologie basée sur l’efficacité. Cela a trouvé un écho chez Beth, qui avait arrêté sa chimiothérapie prématurément à cause des effets secondaires épuisants. Elle a décidé de participer à l’essai clinique. 

Beth a finalement été soulagée d’avoir été assignée au hasard au groupe recevant une seule dose de zolédronate. Après cette dose, elle s’est réveillée au milieu de la nuit en tremblant – comme des frissons de grippe, mais dix fois pires. Elle s’est sentie mal pendant trois jours. « Je ne sais pas si j’aurais été capable de suivre les sept doses jusqu’au bout », dit-elle.

Beth va bien et n’a plus de cancer.

« En général, les patients préfèrent recevoir davantage de traitements plutôt que moins, explique-t-elle. Mais notre qualité de vie est également importante, et c’est pourquoi les essais cliniques centrés sur le patient sont si essentiels. Après avoir survécu à un cancer, j’étais heureuse de souffrir moins et peut-être d’aider d’autres personnes à aussi souffrir moins. »


Auteurs :

Mark Clemons, Carol Stober, Gregory R. Pond, Henry Conter, Demetrios Simos, Sukhbinder Dhesy-Thind, Mihaela Mates, Mateya Trinkaus, John Hilton, Marie-France Savard, Dean Fergusson, Lisa Vandermeer, Arif Ali Awan.

Financement :

Cette étude a été financée par la Fondation CURE, le programme REaCT de l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa et La Fondation de l’Hôpital d’Ottawa. Les centres participants ont bénéficié d'un soutien au recrutement de la part du Canadian Cancer Clinical Trials Network (réseau canadien d’essais cliniques sur le cancer).

Installations :
En savoir plus :

L’Hôpital d’Ottawa est un centre universitaire de pointe dans le domaine de la recherche et de la santé et un hôpital d’enseignement fièrement affilié à l’Université d’Ottawa et soutenu par la Fondation de l’Hôpital d’Ottawa.